Avis : Xscape Deluxe Edition CD + DVD

Certains sont dans l’expectative lorsqu’ils attendent un nouvel album de Michael Jackson. Je n’étais même pas dans cet état d’esprit. A vrai dire, je n’attendais plus rien de particulier. L’album Michael et son scandale identitaire – Bien Malachi ne profite jamais – était encore bien encré dans mon subconscient. Cependant, je dois avouer que cette fois, certains signes donnaient tout de même l’impression qu’un horrible remake n’allait pas se produire.
Je me souviens très bien de la première fois que j’ai écouté Breaking News. C’était un matin, j’avais mon casque sur les oreilles et après l’attaque du premier couplet je me souviens parfaitement m’être dit : Ouh là ! La suite vous la connaissez, et vous avez sans doute fait votre deuil de cet album depuis. Si vous ne l’avez pas encore fait, alors soyez les bienvenus au club. Sans blague, j’ai toujours beaucoup de mal à digérer cet épisode tragique qui entache à jamais la discographie du King Of Pop. Je n’ai jamais acheté cet album et, dieu m’est témoin, qu’il ne connaitra jamais l’agréable sensation d’être posé sur mon étagère, serré entre l’édition deluxe de This Is It et celle de Xscape. D’ailleurs, les albums posthumes ne sont pas eux-mêmes collés à Invincible. Ils sont un peu à l’écart : c’est comme ça.

Ce qu’il y a de bien à ne rien attendre de particulier, c’est qu’on est au pire pas déçu, au mieux agréablement surpris. Où est-ce que je me situe après avoir déballé et testé ce nouvel album ? Et bien, c’est parti pour un test complet !

Aparté

Faisons déjà un premier aparté. Lorsque l’Estate Of Michael Jackson a annoncé la sortie d’un nouvel album, ma première réaction a été de me demander s’il s’agissait d’un Michael 2. Je pense que nous sommes d’accord pour dire que peu d’entre nous auraient supporté un deuxième album du même genre. Alors, bien évidemment la méfiance et la réserve ont été mes premières réactions et d’autant plus quand il a de nouveau été évoqué qu’il s’agissait d’un album de remixes. Certains ont frissonné à la lecture des producteurs, j’ai personnellement versé une larme – contenue – en espérant me réveiller de ce cauchemar qui ne semblait plus avoir de fin. Alors, quand j’ai vu que les versions originales seraient proposées en bonus on pourrait croire que mon visage s’est illuminé de joie, mais il n’en est rien. J’ai tout au plus essuyé ma larme et bougonné devant mon écran. Pourquoi proposer des versions originales comme bonus ? Pourquoi insinuer que seules des versions remixées peuvent intéresser le grand public ? Pourquoi sous-estimer le travail de Michael Jackson au point de reléguer ses versions en bonus au même titre qu’une face B sur un 45 tours ?
L’Estate avait pourtant finement joué la partie en proposant presque exclusivement des inédits qui avaient circulé sur internet ces dix dernières années. De cette manière, ils donnaient une existence officielle à ces chansons et empêchaient, par la même occasion, la possibilité aux fans de se plaindre d’avoir un album de chansons connues. Car, si nous les connaissions, c’est que nous les avions téléchargé illégalement. Alors, pourquoi venir se plaindre alors que ces chansons n’étaient pas censées circuler et que nous n’étions pas non plus censé les télécharger ? L’Estate grillait donc peu de cartouches et écartait quasiment toute critique. D’un point de vue marketing, c’était très bien joué !
Pourtant, sur le fond les critiques pouvaient se porter sur ces fameuses versions remixées. Et même si la majorité des producteurs de l’époque ont été rappelés pour y travailler, les inquiétudes se portaient sur le résultat. Car, sans Michael aux commandes, il apparait désormais très difficile d’obtenir un résultat digne de son légendaire perfectionnisme et de son oreille musicale hors norme. C’est un peu comme demander à un musicien de retoucher les oeuvres inachevées de Mozart ou de Debussy, sans y aller à tâtons et immanquablement y mettre son style. Dans ces conditions, le résultat obtenu tient plus du ré-arrangement que de la finalisation.

Je dois cependant admettre que la première écoute de la version remixée de Love Never Felt So Good m’a très agréablement surpris. Le tempo n’était pas dénaturé et l’instrumentation pouvait presque donner un aperçu de ce qu’aurait pu donner le titre s’il avait été finalisé à l’époque. Le remix est donc relativement respectueux de la version originale et il est, sans conteste, le plus réussi de l’album. Il fit d’ailleurs l’unanimité lors de la pré-écoute organisée à Los Angeles en avril dernier. Et il est certain que j’aurais également voté pour lui si j’avais pu décaler mes vacances et si j’avais eu un passeport (car ce fut dur de refuser l’invitation à écouter l’album à Los Angeles ! ndlr).

Je fini donc ce loooooong aparté pour commencer ce test.

Le test

Découverte : Le Packaging

Premièrement, je dois avouer que je fais partie de ceux qui aiment cette pochette, même si celle-ci m’a un peu déconcerté au tout début. Ce style futuriste, un peu mystérieux a fini par me séduire. Je préfère cependant largement la version dorée à la version grise que je trouve, pour le coup, assez terne. Alors, quand j’ai découvert le packaging, j’ai été emballé (sans mauvais jeu de mot).
Si, comme moi, vous avez l’habitude de garder les stickers des emballages, sachez que ce dernier se décolle très facilement. J’ai ainsi pu aisément le recoller sur la pochette cartonnée.
L’édition deluxe donne une très bonne impression générale. L’emballage cartonné a un côté un peu plus luxueux par rapport à l’édition simple, mais à l’inconvénient de vite se remplir de marques de doigts. De plus, le doré rend la lecture des titres au verso un peu plus difficile, surtout si vous avez une lampe au dessus de la tête.
Concernant le livret, celui-ci m’est apparu trop sobre. Aucune photo mise à part une version alternative de la pochette sur la double-page centrale. En revanche, la présence des paroles et des textes d’introductions des versions originales, qui fournissent des informations sur la date et la provenance de ces titres, est vraiment appréciable même si je tique toujours quand on appelle Michael par son nom de famille. Ainsi on peut lire que Blue Gangsta est une des trois chansons enregistrées par Jackson avec Dr Freeze. C’est monnaie courante aux Etats-Unis, mais je me rends compte que ça me gêne toujours autant.
Un point positif, la présence des paroles qui est un gros plus. Il est bon de le souligner.

Le design du CD et du DVD est dans la même veine : noir avec les inscriptions dorées. C’est élégant et bien en phase avec le design général du packaging.

Mais passons au plat de résistance : le contenu. Vous le savez, je n’étais pas du tout emballé à l’idée de devoir supporter à nouveau des versions remixées. Même si la nouvelle version de Love Never Felt So Good m’a plu, je restais tout de même très prudent sur le reste. Mes craintes allaient, il faut l’avouer, se trouver fondées. Pour les besoins du test, j’ai donc décidé de scinder le contenu en trois catégories : les remixes, les versions originales et le DVD.

Partie 1 : Les remixes.

Concernant les remixes, le massacre est partiel. Partiel, car certains sont assez réussis. Cependant, cette partie de l’album alterne tout de même entre le bon, le passable et le WTF total (What The Fuck pour nos lecteurs non adeptes des abréviations anglophones  !). Le bon, on le retrouve dans des titres comme Love Never Felt So Good, Loving You et Chicago avec tout de même des disparités. Le remix le plus réussi de l’album reste Love Never Felt So Good. Un son groovy et enjoué alimenté par une basse et un riff de guitare qui donne un côté retro à cette version. Même la version avec Justin Timberlake est réussie, avec un son légèrement plus urbain mais très dansant notamment grâce à l’ajout de percussions recyclées de Working Day And Night et Don’t Stop T’ill You Get Enough. Loving You est un peu dans la même veine. L’instrumentation est modernisée mais reste assez en phase avec le style général de la chanson. On l’écoute avec plaisir ! Pour Chicago, c’est un peu plus nuancé. L’intro est tout de même assez déconcertante avec un côté ”bling bling” avec cette basse assez mole. De plus, ce bruit que l’on peut assimiler à un canard est presque risible (A quand le Duck N’ Duck Remix ?). Même si l’instru reste très ”west coast baby”, le refrain est plaisant et la voix de fond est remise presque au niveau de celle de tête. C’est une approche intéressante.
Dans le passable on pourra classer Slave To The Rhythm, qui a un début engageant mais qui ne décolle jamais tout du long, rendant l’écoute assez ennuyeuse et répétitive à souhait. J’en viendrais presque à regretter la version 2010 (j’ai dis presque !). Toujours dans cette catégorie, on peut y placer Blue Gangsta qui reste elle aussi assez timide. Même si la voix de Michael y est bien mise en avant, le remix reste plat et sans réel intérêt. On a du mal à saisir dans quelle direction Timbaland et Jerome Harmon souhaitaient porter le morceau. Xscape est aussi à classer dans cette catégorie. Le morceau part un peu dans tous les sens et on perd très vite la bonne impression de l’intro et du premier couplet pour partir dans toutes les directions. Dommage car il y a des choses intéressantes dans cette version, mais l’ensemble fourni par Rodney Jerkins reste beaucoup trop brouillon.
Et puis nous descendons pour finir dans la catégorie WTF avec Do You Know Where Your Children Are qui devient une sorte de maelstrom 8 bits informe et totalement en décalage avec la gravité des paroles. C’est aussi logique si l’on remixait Man In The Mirror pour en faire une version Dance. Mais le comble reste sans aucun doute cette version de A Place With No Name qui est totalement inqualifiable de médiocrité. J’ai l’impression d’écouter Fun Radio qui me passe le dernier tube à la mode et je prie pour que ça se termine rapidement tant il est absolument pénible à écouter. Je ne m’étendrai pas plus longtemps sur cette chose…
Le bilan de cette première partie est donc extrêmement mitigé. Si quelques remixs sortent du lot, l’ensemble reste vraiment décevant, voir parfois révoltant. Les disparités entre les morceaux sont beaucoup trop marquées pour avoir un ensemble cohérent et on passe d’un style musical à un autre sans ligne conductrice.

Partie 2 : Les versions originales

Passons donc sans regret à la seconde partie. Ce qui est vrai dans la conclusion de la partie remixée, est aussi vraie pour la deuxième partie qui contient les originaux : l’ensemble n’a pas vraiment de cohérence et l’ont passe d’une démo de 1983 à un titre de 1999. Mais, à l’inverse, le plaisir d’écouter des versions laissées telles quelles par Michael est franchement appréciable et permet de nous confronter à son style et sa vision musicale. Car, nous le savons, Michael ne s’est que rarement contenté d’interpréter des titres d’autres auteurs ou producteurs sans y apporter sa contribution en modifiant des passages ou en poussant ses collaborateurs à revoir leurs copies en leur donnant des instructions sur ce qu’il voulait obtenir. C’est précisément ce qui manque à tout projet posthume qui fait appel à d’autres personnes pour finaliser ou remixer sa musique.
Ainsi l’écoute de Loving You révèle l’incroyable fraîcheur apportée à cette démo qui sonne très Thriller dans sa forme et dans son fond, tout comme Love Never Felt So Good qui, en plus de pouvoir être écoutée en top qualité, et qui révèle quelques secondes en plus dans l’intro, prouve que Michael n’avait pas besoin d’artifices ni de musique très élaborée pour susciter de la magie et une incroyable sensation de plaisir avec cette ballade jazzy tout droit sortie d’un piano-bar !
Il y a aussi des morceaux qui installent une atmosphère très marquée comme Chicago, sorte de ballade quiet storm mélancolique (qui n’est pas sans rappeler In The Back) dans laquelle Michael parle d’une femme qui lui a menti en se prétendant célibataire et sans enfant.
Do You Know Where Your Children Are est aussi dans cette veine avec un mid-tempo très marqué, très agressif qui installe une atmosphère pesante et grave en total harmonie avec les paroles. On se rend cependant compte que la version qui a circulée en 2010 (et qui est donc différente de cette version avec notamment une prise de voix différente) était finalement très proche de cette démo et donne donc un très bon aperçu de ce qu’aurait pu devenir le morceau une fois finalisé.
Slave To The Rhythm est aussi un morceau de choix dans cette deuxième partie. Plus lente que la version apparue ces dernières années et beaucoup moins dance music – dieu merci – la version proposée est tout bonnement excellente et beaucoup plus minimaliste. La voix de Michael vibre et s’emporte. Décrire cette version serait périlleuse, il faut vraiment l’écouter pour apprécier. Nul doute qu’elle fait partie des points forts de l’album.

Xscape contient également deux titres que l’on pourrait qualifier de « finalisés » : Xscape et Blue Gangsta. Je n’ai jamais été très fan de Blue Gangsta que je trouve un peu moue et un peu patos dans sa construction. Il y a pourtant de bonnes choses dans cette chanson, mais elle ne m’a jamais emballé. Néanmoins pouvoir l’écouter en top qualité reste un plaisir que je renierai pas et la version proposée sur Xscape est un peu plus finalisée (notamment dans les percussions et les cuivres) que la version connue à ce jour. En revanche, je suis fan de Xscape ! Ce titre était apparu sur internet aux alentours de 2003 et avait très vite circulé. Michael lui-même était intervenu, demandant aux fans de ne pas la télécharger car elle devait servir pour un projet. Nous n’avons d’ailleurs jamais su de quel projet il s’agissait. Quoi qu’il en soit, c’est un morceau lourd, dans le même style que Jam. Il est très bien construit avec des pauses savamment distillées et une très bonne vibe. Il aurait clairement eut sa place sur Invincible car il surclasse de nombreux titres de cet opus.

Et on fini par mon coup de coeur de ces dernières années : A Place With No Name. Cette adaptation de A Horse With No Name du groupe America est simplement magistrale et d’une puissance peu commune. La prestation vocale de Michael y est fabuleuse, au sommet de son art. C’est un titre à ressentir à écouter absolument. Le seul bémol étant que la version proposée est raccourcie par rapport à celle circulant sur internet. En effet, les secondes précédants l’attaque du dernier couplet et dans lesquelles Michael chantait « Hoo, Yeah, Doggone! » ont été supprimées. C’est dommage car ce petit moment de flottement avant le couplet permettait de marquer une certaine pose avant de remonter en intensité. La version proposée sur Xscape donne donc l’impression d’aller un peu trop vite. Pourquoi avoir supprimé ce petit passage ?

Le bilan de cette deuxième partie est sans équivoque. Rien ne peut se mesurer à des démos travaillées par Michael de son vivant. Le gouffre entre les versions remixées et les versions originales est abyssale. Même si le mixage de certaines versions semble moins aéré (comme par exemple sur Loving You) la puissance du travail de Michael se fait indéniablement ressentir. Concernant le mixage, il serait d’ailleurs intéressant de savoir si tous les titres proviennent de bandes masters ou d’autres supports studio, ce qui expliquerait l’écart de mixage entres les titres.

Partie 3 : le DVD

Finissons donc avec la troisième partie : le DVD. Je dois avouer que je trouve l’idée intéressante. Le premier dure environ 25 minutes. Il s’agit d’une interview croisée de tous les producteurs de l’album. Autour de Joe Levy qui conduit l’interview, on retrouve donc Timbaland, Rodney Jerkins, L.A Reid, Stargate et Jerome « J-Roc » Harmon. L’interview est elle-même entre-coupée de séquences individuelles ou en groupe. Le documentaire est divisé en deux chapitres : Les Producteurs et En Studio, avec des plans filmés au Henson Recording Studios et dans lequel on y retrouve Timbaland et L.A Reid et les autres faire le parallèle entre les démos et les remixs qui semblent d’ailleurs bien plus les emballer.

La deuxième vidéo, ne dure que 2 min 40 et contient deux interventions coupées de Rodney Jerkins et Stargate. Ils reviennent sur leurs rencontre avec Michael.

Le bilan de ce DVD est plutôt positif car, même si le travail fourni par ces producteurs reste très discutable, on est tout de même séduit de l’intérêt qu’ils portent à sa musique et il est aussi intéressant d’écouter leurs visions de Michael et de la façon dont ils ont souhaité embellir sa musique.

La note de MJLegend :

Qualité du support : 7,5/10
Cette édition deluxe porte bien son nom. La couleur dorée mêlé au noir rend l’ensemble très élégant. On regrette juste la pochette cartonnée qui marque beaucoup les traces de doigts et le dorée brillant qui peu gêner la lecture des titres suivant la lumière ambiante.

Originalité du support : 6/10
Si la pochette reste très originale et que le livret contient des infos intéressantes ainsi que les paroles, ce dernier reste très pauvre en photo (une seule sur la double page centrale). On aurait aimé quelques photos de Michael en studio ou pourquoi pas des producteurs en train de travailler ou en photo de groupe.

Qualité d’écoute : 6/10

Les démos sont mixées de manière inégales et les remixes sont parfois un peu pénibles à écouter.

Intérêt du contenu : 6/10

La note est une moyenne entre les remixes (4/10) et les versions originales (8/10). Les remixes oscillent entre le bon et le médiocre et la coupure sur A Place With No Name fait rater le 9/10 pour les versions originales.

Note Finale : 6,5/10

Xscape dans sa version Deluxe est tout de même un album a acheter pour les fans et à conseiller pour le grand public. Car, ce qui sauve la note est sans conteste les versions originales. Un test de la version simple de l’album (qui contient uniquement les remixes) aurait sans doute été inférieure à 5/10. Le travail apporté par Timbaland et L.A Reid est beaucoup trop inégal pour susciter un intérêt et tant que l’Estate se bornera à penser que seules des versions remixées peuvent faire vendre du Michael Jackson, ils se couperont du soutien d’une partie des fans, le notre y compris.

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