Interview de Tarak Ben Ammar

tbaParmis les interviews qui circulent un peu partout depuis la mort de Michael, celle de Tarak Ben Ammar est sans doute l’une des plus intéressantes et qui permet, dans une certaine mesure, de cerner un peu plus le personnage qu’était Michael Jackson. Interviewé par Karl Zéro le 26/06  sur BFM TV, Tarak Ben Ammar, qui a été le manager du King Of Pop entre 1996 et 1998, a exposé un Michael humain, n’ayant jamais véritablement grandi et qui faisait confiance à un peu trop de gens, ce qui l’a amené à déclarer “Comment un artiste ayant vendu 700 millions de disques et ayant touché plus de 2 milliards de $ en cash, a t’il pu mourir ruiné ?”

Retour sur cette interview plus qu’intéressante :

Karl Zéro : Tarak bonsoir
Tarak Ben Ammar : Bonsoir Karl

K.Z : Alors Tarak, fait peu connu, parce que tout le monde te connait comme grand producteur de cinéma, de télévision aussi, tu m’en parlais en coulisse. Mais fait moins connnu, tu as été manager de Michael Jackson. C’est très bizarre parce que ce n’est pas ton métier ?
T.B.A : En effet…bon c’est une journée triste parce qu’on a perdu un grand artiste, un ami, un jeune frère parce qu’il a dix ans de moins que moi. Je ne devais pas être son manager, c’est un hasard en effet. En 1995, un grand homme d’affaire saoudien voulait le rencontrer : le prince Al Waleed, pour essayer de développer des projets ensembles. J”avais rencontré Michael Jackson en 1983. J’étais à New York quand il a fait le Moonwalk, et j’étais avec Quincy Jones. J’avais un projet que je voulais lui présenter. J’avais terminé “Les Aventuriers de l’Arche Perdue” avec Spielberg et je rêvais de faire un film avec Michael Jackson qui n’avait pas encore explosé mais qui était sur le point d’exploser…

K.Z : C’est pas mal ta vie déjà ! (il ironise)…Ouais en 83 j’avais fini les “Aventuriers de l’Arche Perdue” !…
T.B.A : …Et Quincy Jones m’a dit “Et bien on va dîner avec lui”. On a commencé à parler du film. Naturellement, le lendemain du moonwalk, (Francis Ford) Coppola, (Steven) Spielberg, (Georges) Lucas…Tout le monde avait des scénarios. Le miens était le moins important. Je l’ai perdu de vue. En 1995, je l’ai appelé à travers son secrétariat. Je l’ai invité à Cannes. Je lui ai dit “viens avec Lisa Marie pour recontrer un ami” et il m’a dit “d’accord”. Il était un peu dans le creux de la vague, c’était après la première accusation de 1993. Je me suis dit, “si on le prend dans le creux de la vague”…c’est un génie…On lui a envoyé un avion, et il est venu avec Lisa Marie à Cannes. On a beaucoup sympathiser. J’ai vu un garçon fragile. J’ai vu un enfant en vérité. Un enfant avec un succès planétaire…

K.Z : …Pourquoi est ce que c’était resté un enfant ? C’était resté un enfant parce que son père l’avait un peu exploité quand il était justement enfant et…
T.B.A : …naturellement tout ça je l’ai su quand je suis devenu son ami, son manager, son producteur…

K.Z : …Il s’est confié à toi ?
T.B.A : Oui oui. Je suis allé vivre à Neverland avec ma femme et mes enfants…

K.Z : …C’est quoi les problèmes qu’il ressentait et dont il pouvait souffrir ?
T.B.A : Il n’a pas eut d’enfance. C’est à dire qu’à 5 ans c’était “au boulot” !

K.Z : Et des claques dans la gueule si tu bosses pas !?
T.B.A : Des claques dans la gueule, dans un monde quand même…(il hésite)…pas très génial parce que le père (cf : Joe Jackson) ramenait des femmes à l’hôtel, ses frères ramenait des femmes à l’hôtel. Et lui, il se cachait dans le placard pour ne pas voir. Donc sa sexualité était totalement perturbée. J’ai toujours pensé que Michael était totalement asexué. Je l’ai vu, j’ai vécu avec lui, j’ai été dans sa chambre, j’ai vu comment il dormait, comment il vivait, donc toutes les rumeurs sur les…

K.Z : …toutes ces accusations…Tarak, il y a eut plus que des rumeurs. Des procès à n’en plus finir…
T.B.A : Il a gagné. Il a été innocenté.

K.Z : Il a gagné…mais aussi du coup il a payé…pourquoi il a payé ?
T.B.A : Non mais attention ! Il a payé, parce que…d’abord il avait été mal conseillé. On lui a dit “tu ne supportera pas le procès. Le procès te brisera”.

K.Z : Mais qui lui a dit ça ?
T.B.A : Ses avocats de l’époque. Il (Michael) pensait qu’en payant, il savait qu’il était innocent, il n’aurait pas les retombées médiatiques. Et bien non. Dans la deuxième accusation, il a décidé de ne pas payer. Car la deuxième fois, ils l’ont fait chanter également. Il a affronté le procès, et il a gagné.

K.Z : Et pour quelles raisons quand il va à la télé en Angleterre (cf : Interview de Martin Bashir), il dit “moi j’aime bien dormir avec des enfants dans mon lit”. Ca la fout mal tu vois ?
T.B.A : Non Karl, la aussi il faut voir toute l’interview.

K.Z : Non mais ça fait pas très sérieux !
T.B.A : C’est vrai, cette phrase, mais il faut voir toute l’interview.

K.Z : Il explique dans l’interview, son amour de l’enfance, pourquoi il se sent bien avec des enfants…
T.B.A : Voilà ! Il me disait “si je ne peut pas être entouré d’enfants, autant ne pas vivre”.

K.Z : Mais pourquoi est-ce qu’il voulait être entouré d’enfants ?
T.B.A : parce qu’il était enfant. Il a douze ans. Michael n’a jamais grandit. Je ne suis pas un psychologue, je ne suis pas un psychiatre…

K.Z : Donc il n’est pas mort à 50 ans, il est mort à douze ans ?
T.B.A : Emotionnellement oui.

K.Z : il n’avait jamais dépassé ce stade ?
T.B.A : Non parce que n’ayant jamais eut d’enfance…A 5 ans sur les routes : pas d’école, pas de camarades, pas d’anniversaire, pas de noël. Tout ce que je te dis, il l’a déclaré avec un peu plus de subtilité. Je lui a fait faire une interview avec la grande journaliste américaine de ABC : Barbara Walters, et il s’est un peu ouvert en disant cela. Qu’est ce qu’il à fait ? A partir du moment ou il a quitté les Jackson 5, il est allé, par son succès, se créer un monde à lui. Neverland, c’est l’enfance qu’il n’a pas eut. C’est reproduire : les anniversaires, le train, les bonbons, et tout ça à une proportion, évidemment, en fonction de sa fortune. Et donc c’était devenu un enfant capricieux. C’est comme si mon fils, ou le tiens, à douze, treize ou quatorze ans, fait des tubes et gagne 100 millions de $. Si il n’a pas un père sévère et une mère qui le canalise, qui le contrôle, et bien cet enfant devient capricieux. C’est à dire, j’achète une voiture, j’achète un avion, j’achète un building.

K.Z : Le seul exemple qui me vient c’est Jordy. Mais Jordy ça n’a pas continué, donc il n’a pas pu faire Neverland.
T.B.A : Sauf que Jordy, il a gagné son procès et son argent finalement lui est revenu.

K.Z : Donc il va peut être maintenant pouvoir bâtir son Neverland !
T.B.A : Je l’espère pour lui.

K.Z : Alors quand tu étais manager, tu as organisé une tournée quand même…
T.B.A : C’était pas prévu ça non plus. Le manager c’est quoi ? Il gère sa vie et ses affaires. Donc la première chose que j’ai fait, je lui ai enlevé la signature (cf : son droit de signer des contrats) et j’ai éliminé tous les comptables et tous les avocats et tous les gens que j’estimais, à l’époque, qui l’avait volé, escroqué ou mal encouragé.

K.Z : Mais alors il te fais une confiance aveugle à ce moment là ?
T.B.A : Il est affectif. A ce moment là, il avait besoin d’un soutien, d’un grand frère, d’un père qu’il n’a pas eut. Je l’ai jamais vu comme une star. Je le respectais comme une star mais je le voyais comme un jeune frère. Donc je n’avais pas peur de lui, je n’avais pas peur qu’il me vire.

K.Z : Mais comment tu l’as charmé ? Parce qu’il aurait pu se dire “Mais c’est un requin, il va tout me voler”.
T.B.A : Non, le problème de Michael c’est qu’il n’a aucune suspicion. Il est tellement naïf, qu’il a été entouré d’escrocs. Il s’avère que j’avais une éthique et une moralité qui font que je me suis senti absolument décidé de le protéger. Et nous avons d’ailleurs réussi pendant deux ans. Michael Jackson à fait beaucoup de tournées dans sa vie, et il a perdu de l’argent sur toutes les tournées. Pourquoi ? Parce que personne n’avait le courage de le faire venir à l’heure. Parce que quand il devait aller au studio d’enregistrement, il faisait attendre les musiciens des mois et des mois. Quand il allait à l’hôtel, il réservait une suite d’hôtel pendant une année et il n’y allait pas et les gens s’en foutaient. Autre chose Karl par exemple…On est en Afrique du Sud en train de faire 6 concerts pour Mandela dont deux pour la charité. Les gardes du corp, que j’avais engagé, parce que j’avais viré les autres, viennent me dire “Monsieur, il y a des gens bizarres sur le parking” que son père (Cf : Joe Jackson) avait amené. Parce que son père…faut dire que ça n’a pas été son ami ! Alors maintenant il (son père) dira le contraire, mais je suis près à témoigner que, Michael l’a dit lui même, il (cf : son père) à amené des faussaires de diamant qui essayaient de lui refiler 20 millions de $ de faux diamants. Grâce à dieu, Michael n’avait pas la signature. Mais Michael était capable de dîner avec toi, tu lui racontais que tu avais un château à vendre, il te signait sur une nappe : je te dois 10 millions de $. Tu lui disais “j’ai une usine en Espagne”…Je parle de cas réels que j’ai vécu. Naturellement, qu’est ce que j’ai fait, je l’ai kidnappé d’Amérique et je l’ai amené à Paris. Je l’ai mis à l’hôtel, qui était une résidence à l’époque, qui est l’hôtel Barrière à côté du Fouquet’s et j’ai engagé des gardes du corp payés par moi, qui répondaient à moi et j’ai complètement enfermé le gamin (cf : Michael) dans ma discipline pour essayer de lui faire remonter la pente. Est-ce que c’est normal qu’il ait vendu près de 700 millions de disques, qu’il ait gagné près de 2 milliards de $ en cash et qu’il est mort ruiné ? Ca veut dire qu’il y a quelqu’un, ou plusieurs personnes qui ne l’ont pas protégé. Elvis Presley est mort avec 15 millions de $ de dettes. Lisa Marie (cf : la fille d’Elvis Presley) que j’ai connu avec Michael, qui est une fille délicieuse, et Pricilla, la femme de Presley, ont gagné plus d’argent après sa mort. Je le souhaite aux enfants de Michael, parce qu’il laisse 3 enfants : 7 ans, 11 ans et 12 ans. sans père et sans mère.

K.Z : Et ils vont se retrouver ou ? à l’assistance ?
T.B.A : Non. Ils ont leur tantes. Mais enfin leur tantes…

K.Z : Pourquoi avait il épousé Lisa Marie ? A cause de Presley (cf : Elvis).  Parce que tu as dit qu’il n’avait pas une très grande sexualité…
T.B.A : Je pense qu’ils n’ont eut aucun rapport. Je n’étais pas dans la chambre à coucher mais…

K.Z : Mais est-ce que c’était un coup médiatique ?
T.B.A : Non, non plus.

K.Z : Ou alors ils s’étaient rencontrés, et ils étaient deux enfants perdus tous les deux ?
T.B.A : Elle voulait faire une carrière de chanteuse, et il (cf : Michael) lui a dit “je vais t’aider à le faire”. Il adorait Elvis Presley. Après le scandale de 1993, il s’est dit que “la seule manière de lever le soupçon, parce que les gens pensent que j’ai payé parce que je suis coupable, et bien c’est d’épouser la fille du King” vu que lui s’appelait le “King Of Pop” et Elvis “The King”. Et c’est vrai que pendant un moment, on s’est dit qu’il était normal parce qu’il avait épousé Lisa Marie : tout va bien. C’était un amour platonique. Ils étaient amis. Je les ai vu ensemble en Afrique du Sud. Elle était très gentille avec lui et lui avec elle, mais ce n’était pas un mariage d’amour.

K.Z : Donc, tu vas protéger Michael pendant deux ans, tu vas le sortir un peu de ses emmerdements. Pourquoi ça s’arrête ?
T.B.A : Parce qu’après la mort de la princesse Diana, il était à Paris avec moi au mois d’août, il s’est effondré, il s’est écroulé. Emotionnellement c’est un enfant, donc il fallait tous les jours…Il t’appelle à 9h00 du matin, à 10h00 du matin, à 4h00 du matin : (il parle à la place de Michael) j’ai mal à la tête, j’ai peur, est ce que je suis obligé de chanter aujourd’hui ? Quand tu remplis un stade de 60 000 personnes, la police te dit que si tu dois annuler, c’est avant midi. Une fois que tu as 60 000 personnes…

K.Z : …c’est l’émeute…
T.B.A : C’est l’émeute. Tu as une responsabilité, même pénale. Donc au bout du douzième concert, j’allais à la porte de son appartement. Les bodyguards me disaient “Monsieur, on ne peut pas vous faire rentrer”, j’ai dis “C’est moi qui te paye, tu te pousses”. Je rentrais voir Michael, chose que personne n’osait faire : ils ont peur de lui. Je le prenais, je le mettais sous la douche, je l’habillais, comme mon jeune frère. Et je lui disais “Michael, maintenant on va aller chanter, et si tu ne peux pas et bien on va utiliser un peu de playback, parce qu’on ne peut pas décevoir tes fans”. Et bien il a réussi à faire la totalité des concerts sauf celui ou il a eut le choc de la mort de la princesse Diana, et là, on a dû l’annuler car il était dans un état….Donc il avait aussi un problème d’hypocondriaque.

K.Z : Justement, tu as incriminé les médecins. Tu as dis “Ce sont les médecins qui sont responsables de sa mort vu ce qu’ils lui enfilait dans le corp”. Alors, il s’était fait beaucoup opéré, il souffrait beaucoup et il prenait quand même beaucoup de médicaments. C’est peut être ca aussi qui l’a usé naturellement ?
T.B.A : D’abord, ça a commencé avec un accident en 1984, sur un spot pour Pepsi. Un projecteur a explosé et il a prit feu. Ses cheveux ont brûlé et sa tête. Ils ont dû l’opéré, et là ils lui ont donné des anti-douleurs, une sorte de morphine qui s’appelle le Demerol. Il en a fait une chanson sur l’album “Blood On The Dance Floor”. Ca serait intéressant que tu l’écoutes ou, en tous cas, que tu lises les paroles : elles sont internet. Il y a parle du danger de cette morphine, et il parle même de crise cardiaque, comme si il était visionnaire de sa mort. Je me rappelle qu’avec Sony, nous avons hésité à la mettre sur le disque, et on a changé le titre. Maintenant, elle s’appelle “Morphine” et non pas “Demerol”, parce qu’on avait peur d’un procès de la part du fabriquant. Donc, il était drogué aux anti-douleurs. Et quand il avait mal aux jambes quand il dansait sur scène, car il pouvait perdre 4 à 5 kilos, qu’est ce qui se passait ? Il ne pouvait plus dormir, il ne pouvait pas manger, il était déshydraté et maigre. Les médecins lui donnait des vitamines mais aussi des somnifères pour qu’il puisse redormir et pouvoir refaire un concert deux jours plus tard. Je pense que l’accumulation de médicaments et la vie malsaine…Tu sais Karl, il ne sort pas, il ne fait pas de sport, il ne fait pas de jogging, il ne se baigne pas, il ne va pas au restaurant, il ne vit pas comme toi et moi.

K.Z : Qu’est ce qu’il mange ?
T.B.A : Ca dépend de l’horaire. Il commande…Ca dépend de l’hôtel. Donc si il mange en pleine nuit, le corp est déréglé. On sait pas ce qu’il a eut. On sait juste qu’il a eut une crise cardiaque.

K.Z : Tu penses que c’est dans quelles circonstances ? Tu penses que c’est sont médecin qui, en prévision des concerts de Londres, le boostait à mort ?
T.B.A : Non, je ne pense pas que ça a un rapport avec Londres parce que, l’équipe qui fait Londres c’était mon équipe. Je leur ait parlé et mon producteur exécutif était chez lui à la maison. Michael s’était entraîné toute la semaine d’une manière très forte. Il dansait, il était très excité, et il a passé son examen médicale pour les assurances car elles avaient très peur de lui donné le tampon (cf : le feu vert pour les concerts). Ca veut dire qu’il était donc en bonne santé. Mais il suffit que dans la nuit tu prends deux ou trois pillules de plus, que tu aies mal dormi et donc le coeur peut flancher.

K.Z : Il paraît que son médecin est en fuite.
T.B.A : J’ai vu ça.

K.Z : En tous cas, merci Tarak d’être venu nous en parler et tu en as très bien parlé. J’avais préparé 4 millions de questions et je n’en ai pas posé une ! Je te remercie Tarak d’être venu évoquer Michael.
T.B.A : Ce que je souhaite pour ses enfants, c’est que l’argent qu’il ne leur a pas laissé, car il est mort ruiné, la vente des disques…et je remercie tous les fans qui sont allé acheter sur internet…c’est que ses enfants aient au moins un héritage financier car ils n’ont plus de père. L’argent ne remplace pas un père, mais c’est déjà un début.

K.Z : Mais pour ça, il faudrait que les “rapaces” laissent un peu d’argent aux enfants.
T.B.A : Je crois que là, la justice va s’en mêler. Ce sont des mineurs et je crois que là, il va y avoir un regard différent.

K.Z : Merci Tarak.
T.B.A : Merci Karl.

Source : BFM-TV / Retranscription : MJLegend

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