Le nouveau consommable ?

consoUn, deux, trois. Trois inédits sont venus grossir les dossiers informatiques de centaines de milliers de personnes en quelques heures. Ils ont sans doute été écoutés une fois, deux fois, peut être plus, et ils tomberont dans l’oubli d’ici quelques semaines. Après tout, qui écoute encore régulièrement She Got It ou Love Never Felt So Good ?

Bien ou pas bien ?

Le destin tragique de ces titres nous amène à nous poser des questions sur les motivations de celles et ceux qui diffusent des titres supposés protégés. Rassurez-vous – ou pas – je n’ai pas l’intention de faire un procès d’intention dans l’intention d’attirer votre attention. Trêve de plaisanterie, cette chronique n’a pas pour but de dénoncer les échanges d’inédits qui existent entre fans. Ils existent, c’est un fait. On pourrait considérer ceci comme une collection à part entière, au même titre que les vinyles, les CD ou les objets ayant appartenu à Michael. Nombre de ces collectors n’étaient d’ailleurs pas censé se retrouver sur Ebay ou dans des ventes privées. Mais qui s’insurge sur les CD promo vendus tous les jours sur internet et pourtant estampillés du fameux : For Promo Only – Not For Sale ? Oh certes, je vous entends déjà répondre que le contenu de ces CD ont été utilisés pour la promotion et ont donc été diffusés légalement. Mais ce message d’interdiction de vente empêche t’il pour autant les collectionneurs d’acheter ces disques ? Non. Et d’ailleurs, en tant que collectionneur, j’en ai acheté ! Et encore, je n’ai pas abordé les acetates, DAT ou cassettes contenant des démos ou des titres inédits. Ce sont d’ailleurs très souvent des portes d’entrées pour entamer des échanges.

Qu’est ce qui dérange finalement ?

Le fait qu’une oeuvre protégée par des droits d’auteur circule librement sur internet et échappe à tout contrôle. Car diffuser un titre inédit sur la toile en revient à plonger un doigt écorché dans un aquarium de piranhas.
Comment et pourquoi ces chansons se retrouvent sur un marché parallèle ? Voilà la bonne question. Car fustiger les personnes qui collectionnent ces inédits en reviendrait à arrêter les consommateurs de drogues sans se soucier des dealers (spéciale dédicace à Richard Lecocq pour le copyright de cette métaphore !).

T’en veux ?

Je voudrais cependant faire un aparté quant à ce fameux « marché parallèle », celui là même qui alimente les fantasmes des fans depuis l’ère internet. Non il n’existe pas de lieu dédié à l’échange et ces titres ne se vendent ou ne s’échangent pas non plus sous le manteau dans une ruelle sombre éclairée par un vieux réverbère entre deux containers. A vrai dire, ce « marché » se base dans la majorité des cas sur de l’échange entre deux personnes discrètes qui veulent des garanties sur le sérieux de la personne avec qui on est prêt à échanger des titres, qui ne sont d’ailleurs pas toujours des inédits qualité DAT. Il s’agit parfois de démo de compositeurs, des versions alternatives, ou alors des inédits connus, mais en top qualité. Il y a tous les cas de figure. Les vrais inédits restent rares à l’échange car les collectionneurs connaissent bien le risque qu’il y a à échanger du pur inédit.

Comment en avoir ?

Il y a beaucoup de méthodes pour en obtenir. Et si certains ont des méthodes fortement discutables, tous ne sont pas des pirates informatiques en puissance capable de pénétrer un serveur NAS contenant des centaines de titres. Pour ça, regardez Ocean Eleven ou Mission Impossible ! La plupart contactent simplement les bonnes personnes en leur demandant s’ils sont susceptibles de proposer quelque chose. Rassurez-vous encore une fois, je ne cherche pas à dédouaner ou minimiser le fait de payer pour obtenir des inédits. Mais cela reste rare et ces collectionneurs n’en font que rarement du commerce. Car payer pour obtenir quelque chose incite forcément à multiplier les ventes pour suivre le schéma mercantile classique : plus je vends, plus j’engrange. Mais cette méthode est forcément vouée à l’échec car le risque de fuite est alors inévitable. Nombreux sont ceux qui ont payé pour de l’inédit et ont vu leurs achats diffusés sur internet quelques semaines ou quelques mois plus tard. Voilà pourquoi la plupart de ces collectionneurs procèdent par échange avec des personnes de confiance dans un cercle très fermé, car le propre de ces amateurs est d’avoir quelque chose que les autres n’ont pas : le propre de toute collection en fait.  Car qu’est ce qu’une collection, sinon un amoncellement de pièces rares ou uniques qui vont susciter l’admiration et l’envie. Sauf que pour susciter l’admiration et l’envie, il faut en connaitre l’existence ce qui est précisément ce que veulent éviter ces fans. On est donc typiquement dans la collection discrète et secrète. Voilà ce qui alimente les fantasmes.

A qui profite ces fuites ?

Quand on y réfléchit, elles ne profitent pas à grand monde. Ni aux acheteurs qui ont payé pour rien, ni aux héritiers de Michael Jackson qui ne touchent aucun droit sur ces diffusions. Aux fans ? Voilà une question intéressante. Sur le coup, on peut effectivement penser que c’est une bonne chose. N’importe quel fan est heureux de pouvoir écouter un morceau inédit. Malheureusement, ce titre sera alors considéré comme consommé et beaucoup ne voudrons plus en entendre parler sur un support officiel. Et puis quoi encore ? Ce fut le cas pour For All Time sur Thriller 25. Le titre était connu depuis quelques années et beaucoup ont fait la grimace quand il a finalement été proposé comme bonus sur l’album. Seuls les vendeurs auront profité de ces chansons. Alors si je peux me permettre de vous donner un conseil, privilégiez autant le contenu que le contenant. En effet, un titre rare ou inédit aura plus de valeur si vous possédez son support d’origine (DAT, CD, Acetate) que si vous ne possédez qu’un fichier informatique.

De qui viennent ces fuites ?

Difficile à dire, tant il est compliqué de remonter la piste jusqu’à la personne qui a décidé de partager des titres en les mettant à disposition de tout le monde. Ca peut tout aussi bien venir d’un vendeur peu scrupuleux qui a décidé de casser son marché après avoir vendu trop de fois ses chansons, sachant pertinemment qu’elles pourront à leurs tours être vendues par ses acheteurs. Mais ça peut aussi venir des acheteurs, qui se groupent parfois pour acquérir des titres et qui les mettent en téléchargement libre par la suite. Il y a plusieurs cas de figures qui se sont présentés par le passé. On se souvient de l’épisode des CD Future Records et des achats groupés. La quasi-totalité des CD achetés à plusieurs ont fini par circuler sur internet au bout de quelques mois ou quelques années. C’est le risque connu lorsqu’il y a trop de personnes et trop d’intermédiaires.

Le leak : la solution ?

Je lis souvent que beaucoup se réjouissent du leak d’inédits car il casse le marché de la revente. Je ne suis pas de cet avis. Bien entendu, mon instinct primaire de fan est toujours heureux d’écouter quelque chose de nouveau. Mais en réfléchissant, on se rend compte que le leak n’est finalement que la fin logique d’un titre échangé et vendu à trop de personnes. On sait donc que les 3 chansons leakées ces derniers jours ont été revendus plusieurs fois, grossissant les bourses de vendeurs qui usent au maximum le filon. Le leak n’est donc certainement pas LA solution, mais simplement une conséquence.

4 Responses

  1. Elle est vrai l’image, avec tous les titres^^? y a quoi rendre fou lol

  2. Et bien moi, je m’écoute souvent love never felt so good, sur une compile maison qui tourne régulièrement dans ma voiture… mais c’est vrai que je zappe lisa it’s your birthday et plein d’autres.
    Souvent, je me dis que je vais tout basarder et conserver juste quelques albums. L’essentiel, que mon maigre temps libre me permettra d’écouter. Le reste, c’est marrant cinq minutes, puis on se lasse, sauf rares exceptions.

  3. Merci pour cet article. L’explication sur la revente et l’échange d’inédits a été très intéressante, j’ignorai le détail de ces pratiques. Mais s’il y a acheteur, il y a forcément trahison à la base, non ? Avant d’atterrir entre les mains d’un fan[atique], il y a forcément un proche de MJ, aussi bien musicien, ami ou personne de chez Sony, qui a lâcher le morceau une première fois ? A moins que MJ ai fait un peu trop confiance à certains.

    Pour ce qui est du « leak » en lui même, il est clair pour moi que les méthodes de l’Estate et de Sony y sont pour beaucoup. Les projets plus que douteux qui nous ont été servi ont facilité grandement ces échanges, ont fait grimpé l’impatiente des fans, et donc par définition ont augmenté l’engouement pour ces « fuites ». Je ne dis pas que ce phénomène aurait était inexistant si nous avions eu de la qualité, mais cela aurait été beaucoup moins important, j’en suis convaincu.

  4. M.Chigan

    Les fuites ont existé du vivant de Michael. Dès l’arrivée d’internet en fait. Je pense à Escape, Love Never Feel So Good, toutes les démos de Dangerous…Je ne pense pas que la gestion de l’Estate y soit pour grand chose. Ca donne certainement bonne conscience aux fans.